mardi 8 septembre 2026

IMMIGRATION: LE QUÉBEC N’A PAS BESOIN DE PLUS OU DE MOINS D’IMMIGRATION

 LE QUÉBEC N’A PAS BESOIN DE PLUS OU DE MOINS D’IMMIGRATION. IL A BESOIN D’UNE POLITIQUE D’IMMIGRATION.

Entre ceux qui refusent de reconnaître les limites de notre capacité d’accueil et ceux qui font de l’immigrant le responsable de tous nos problèmes, le Québec mérite mieux : une politique fondée sur sa démographie, ses besoins économiques, le français et le vivre ensemble.

Le débat québécois sur l’immigration est devenu étrangement binaire. D’un côté, certains donnent parfois l’impression que toute réduction des seuils serait nécessairement un recul. De l’autre, on entend désormais l’immigration invoquée pour expliquer le logement, les écoles, les urgences, le français, les finances publiques et presque toutes les difficultés du Québec. Entre ces deux positions existe pourtant l’endroit où devrait normalement se tenir un gouvernement responsable : celui de la planification. L’immigration n’est ni une religion à laquelle il faudrait adhérer, ni une menace qu’il faudrait combattre. C’est une politique publique qui doit être gérée.

Ma position est claire. Le Québec doit pouvoir contrôler ses seuils, sélectionner ses immigrants selon ses besoins, exiger une véritable intégration en français et ralentir lorsque sa capacité d’accueil ne suit plus. Mais il doit également avoir l’honnêteté de reconnaître que l’immigration répond à des réalités démographiques et économiques bien réelles. Surtout, nous devons cesser de confondre deux débats complètement différents : déterminer combien de personnes nous pouvons accueillir et décider comment nous considérons celles qui vivent déjà parmi nous. On peut vouloir moins d’immigration sans vouloir moins d’immigrants dans notre société.

UNE DÉMOGRAPHIE QU’ON NE PEUT PAS IGNORER

Le premier fait dont toute politique sérieuse doit tenir compte est démographique. En 2025, environ 78 200 enfants sont nés au Québec et, pour une deuxième année consécutive, les décès ont été plus nombreux que les naissances. L’indice de fécondité s’est établi à seulement 1,36 enfant par femme, l’un des niveaux les plus faibles de notre histoire récente. La population québécoise a même légèrement diminué en 2025, pour s’établir à environ 9,03 millions de personnes au début de 2026.

L’immigration ne remplacera jamais une véritable politique familiale. Le Québec doit également rendre plus accessible le logement aux jeunes familles, améliorer les services de garde, soutenir ceux qui souhaitent avoir des enfants et réfléchir sérieusement au coût de la vie qui retarde de nombreux projets familiaux. Mais il serait tout aussi irresponsable de regarder une population vieillissante, une fécondité aussi basse et un solde naturel devenu négatif tout en prétendant que l’immigration n’a aucune fonction démographique. Une société ne peut pas débattre de son avenir en refusant de regarder sa pyramide des âges.

L’IMMIGRATION ET LE TRAVAIL : SORTONS AUSSI DES CARICATURES

Le Québec n’est plus dans la situation exceptionnelle de pénurie généralisée de main-d’œuvre observée après la pandémie. Il faut le reconnaître. Au premier trimestre de 2026, il restait néanmoins environ 109 100 postes vacants, contre plus de 224 000 au premier trimestre de 2022. Parmi eux, environ 26 000 se trouvaient dans les soins de santé et l’assistance sociale, 13 100 dans la fabrication, 10 100 dans le commerce de détail et 9 000 dans les services professionnels, scientifiques et techniques.

La nuance est importante. Dire qu’il existe encore des besoins de main-d’œuvre ne signifie pas que chaque entreprise devrait pouvoir importer des travailleurs plutôt que d’améliorer les salaires, la productivité ou les conditions de travail. L’immigration ne doit jamais devenir un substitut à l’investissement, à la formation ou à l’automatisation. Mais l’inverse est tout aussi faux : prétendre que notre économie pourrait facilement se passer des travailleurs immigrants ne correspond plus à la réalité.

En 2025, près de 906 000 personnes immigrantes admises occupaient un emploi au Québec, auxquelles s’ajoutaient environ 252 000 résidents non permanents en emploi. En dix ans, le nombre de personnes immigrantes admises en emploi a progressé de quelque 336 000. Ces personnes ne représentent donc pas une abstraction dans un graphique gouvernemental. Elles travaillent déjà dans l’économie québécoise, produisent, consomment, paient des impôts et participent au financement des mêmes services publics que tous les autres citoyens.

C’est également ce qu’on observe ailleurs dans les pays développés. Plusieurs États ont commencé à resserrer certains flux migratoires après les fortes augmentations de l’après-pandémie, mais le vieillissement de leurs populations les oblige aussi à mieux intégrer et cibler les immigrants dont leurs économies ont besoin. Dans les pays de l’OCDE, les immigrants représentent d’ailleurs une part importante des professionnels de la santé, notamment des médecins et des infirmières. La tendance internationale n’est donc pas simplement d’ouvrir ou de fermer les frontières. Elle consiste de plus en plus à sélectionner, intégrer et planifier.

LE RESSERREMENT A DÉJÀ COMMENCÉ

Il faut également corriger une impression entretenue dans le débat politique : le Québec n’est plus dans une logique d’augmentation continue sans ajustement. Le nombre de résidents non permanents est passé d’environ 565 450 au début de 2025 à 514 050 au début de 2026, une diminution de plus de 51 000 personnes en une seule année. Le plan québécois pour 2026 prévoit autour de 45 000 admissions permanentes, vise plus de 77 % de connaissance du français parmi les personnes admises et maintient une forte proportion d’immigration économique.

Cela ne veut pas dire que les seuils actuels sont parfaits. Ils doivent continuer d’être discutés. Certaines régions peuvent accueillir davantage alors que d’autres subissent une pression beaucoup plus forte. Certaines catégories répondent à des besoins importants alors que d’autres doivent peut-être être revues. C’est précisément ce qu’une politique d’immigration devrait être : un instrument adaptable, et non un chiffre transformé en symbole idéologique.

LE BOUC ÉMISSAIRE EST TOUJOURS PLUS SIMPLE QUE LE BILAN

Ce qui m’inquiète davantage est la facilité avec laquelle l’immigration devient aujourd’hui l’explication universelle de problèmes qui ont une histoire beaucoup plus longue. Oui, une forte croissance démographique peut accentuer une pénurie de logements. Oui, davantage d’élèves exigent davantage de classes. Oui, une population qui augmente crée une demande supplémentaire en santé et en infrastructures. Refuser ces réalités serait absurde.

Mais dire qu’un phénomène accentue un problème n’est pas dire qu’il l’a créé.

Nos écoles n’ont pas commencé à se détériorer avec les immigrants arrivés au cours des dernières années. Nos urgences n’ont pas commencé à déborder en 2024. Notre retard dans la construction résidentielle ne date pas du dernier plan d’immigration. Pendant des décennies, des gouvernements de différentes couleurs ont reporté des rénovations, sous-estimé certains besoins et trop souvent administré les crises plutôt que préparer la croissance future.

Imaginez une ville qui construit insuffisamment pendant quinze ans, puis connaît une forte augmentation de sa population. Il sera parfaitement raisonnable de ralentir temporairement cette croissance. Mais raconter ensuite que la personne arrivée l’année dernière est responsable des quinze années précédentes serait intellectuellement malhonnête.

Une société responsable doit être capable de réduire la pression lorsqu’elle devient excessive tout en assumant qu’elle n’a pas suffisamment développé sa capacité d’accueil.

INTÉGRER EN FRANÇAIS SANS EXIGER L’EFFACEMENT

Le Québec possède également une réalité que l’on ne peut comparer mécaniquement à celle de toutes les autres sociétés nord-américaines : nous sommes une société majoritairement francophone entourée d’un continent largement anglophone. Défendre le français n’a rien de honteux. Le français doit demeurer la langue commune de la vie publique, du travail et de l’intégration. Les personnes qui choisissent de s’établir durablement au Québec doivent comprendre cette réalité, et l’État doit leur donner les moyens concrets d’apprendre et d’utiliser cette langue.

Mais intégrer n’est pas assimiler.

Une personne peut parler français, respecter nos lois, travailler, participer à sa communauté et aimer profondément le Québec sans cesser d’être également fière de ses racines camerounaises, haïtiennes, marocaines, vietnamiennes, libanaises ou latino-américaines. Une identité nationale suffisamment forte n’a pas besoin d’effacer les autres identités pour survivre. Elle crée un espace commun dans lequel différentes histoires peuvent se rencontrer.

C’est aussi cela, le vivre ensemble : non pas prétendre que nos différences n’existent pas, mais décider qu’elles ne nous empêchent pas d’appartenir à la même société.

LA VRAIE POLITIQUE D’IMMIGRATION COMMENCE ICI

Le débat utile devrait donc être beaucoup plus exigeant que la simple question du nombre. Quels travailleurs voulons-nous attirer? Dans quelles régions? Pour quels secteurs? Comment accélérer la reconnaissance des diplômes étrangers? Comment éviter qu’un professionnel qualifié perde des années dans un processus bureaucratique avant de pouvoir exercer? Comment mieux relier immigration, construction de logements, francisation, transport, santé et développement régional?

Voilà les questions d’un État qui planifie.

Je ne souhaite ni un Québec naïf qui prétendrait pouvoir accueillir indéfiniment sans tenir compte de ses infrastructures, ni un Québec inquiet qui finirait par regarder chaque immigrant comme une menace. Je souhaite un Québec suffisamment responsable pour dire non lorsque sa capacité est dépassée, suffisamment intelligent pour accueillir lorsque ses besoins le justifient et suffisamment confiant pour considérer ceux qui s’installent ici comme de futurs participants à notre société plutôt que comme des suspects permanents.

L’immigration ne réglera pas à elle seule le vieillissement, la pénurie de travailleurs, la dénatalité ou nos finances publiques. Elle ne construira pas nos logements et ne rénovera pas nos écoles à notre place. Mais diminuer l’immigration ne réparera pas davantage trente années de mauvaises décisions.

C’est précisément pour cette raison que le Québec doit sortir des slogans.

Contrôler les seuils sans rejeter les personnes. Protéger le français sans fermer le Québec. Répondre aux besoins économiques sans utiliser l’immigration comme main-d’œuvre bon marché. Favoriser l’intégration sans exiger l’effacement. Et surtout, demander aux gouvernements de planifier au lieu de chercher continuellement quelqu’un à blâmer.

Voilà, selon moi, ce que devrait être une véritable politique d’immigration.

Car le débat n’est finalement pas de choisir entre l’immigration et l’identité québécoise. Il est de déterminer si nous sommes suffisamment matures pour protéger l’une tout en organisant intelligemment l’autre.

La vraie question n’est donc pas : avons-nous trop ou pas assez d’immigrants? Elle est beaucoup plus importante : quel Québec voulons-nous devenir, et sommes-nous enfin prêts à planifier sérieusement les moyens d’y arriver?

Sources et données

Institut de la statistique du Québec — données démographiques du Québec, naissances, décès, évolution de la population et résidents non permanents, 2025-2026.

Institut de la statistique du Québec — données sur les postes vacants au Québec au premier trimestre de 2026.

Institut de la statistique du Québec — Bilan du marché du travail au Québec en 2025, notamment les données concernant l’emploi des personnes immigrantes et des résidents non permanents.

Gouvernement du Québec — Planification pluriannuelle de l’immigration et Plan d’immigration du Québec 2026, concernant les admissions permanentes, l’immigration économique et la connaissance du français.

Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) — International Migration Outlook 2025, concernant le vieillissement démographique, les besoins de main-d’œuvre, les politiques migratoires et l’intégration des immigrants dans les pays développés.

Politique: VENDRE LE RÊVE EST FACILE. EXPLIQUER COMMENT ON LE FINANCE L’EST BEAUCOUP MOINS.

VENDRE LE RÊVE EST FACILE. EXPLIQUER COMMENT ON LE FINANCE L’EST BEAUCOUP MOINS.

Le Parti québécois propose de réduire la bureaucratie, de diminuer fortement l’immigration et de transformer le Québec en pays. Chacune de ces idées peut être défendue. La véritable question est de savoir si elles tiennent encore debout lorsqu’on les additionne.

En politique, les promesses sont presque toujours présentées séparément. Une journée, on parle de réduire la bureaucratie. Une autre, d’immigration. Puis vient l’indépendance, avec ses possibilités économiques et politiques. Chaque annonce possède son argumentaire, ses chiffres et son public. Mais un gouvernement, lui, n’a pas le luxe de gouverner une promesse à la fois. À la fin, tout se retrouve dans le même budget, avec les mêmes contribuables, la même main-d’œuvre et le même appareil d’État.

C’est exactement le test auquel je crois qu’il faut soumettre le projet actuel du Parti québécois.

Le PQ promet désormais un grand ménage dans la bureaucratie. Son plan annoncé à la fin d’août prévoit de réduire de 2,5 % les coûts de rémunération dans le secteur public sur trois ans, pour des économies qu’il évalue à environ 1,6 milliard de dollars par année et 4,7 milliards sur un mandat. L’objectif peut séduire. Aucun contribuable ne souhaite financer inutilement des structures inefficaces, des processus administratifs interminables ou des dédoublements qui n’améliorent aucun service. (Parti Québécois)

Mais au même moment, ce parti demande aux Québécois d’envisager quelque chose d’infiniment plus ambitieux qu’une réforme administrative : la création d’un État souverain.

Soyons justes envers le PQ. Il serait faux de prétendre qu’il n’a produit aucun travail sur cette question. Le parti a publié ses Finances d’un Québec indépendant, communément appelé le budget de l’an 1, ainsi que plusieurs chapitres de son Livre bleu. Il avance notamment que certains dédoublements fédéraux-provinciaux disparaîtraient et que les revenus actuellement perçus par Ottawa seraient récupérés par Québec. Il a aussi présenté des scénarios pour les relations internationales, la monnaie et la transition constitutionnelle. (Parti Québécois)

C’est précisément parce que le projet se veut sérieux qu’il doit maintenant subir une exigence plus élevée.

Un Québec indépendant devrait assumer directement des responsabilités qui sont aujourd’hui entièrement ou partiellement fédérales : frontières, diplomatie, certaines fonctions fiscales, réglementation, citoyenneté, relations avec les autres États et quantité d’autres mécanismes nécessaires au fonctionnement d’un pays. Oui, des fonctionnaires fédéraux travaillant déjà au Québec pourraient être transférés. Oui, certains organismes pourraient être fusionnés. Oui, des économies pourraient résulter de la disparition de certaines structures canadiennes.

Mais cela ne répond pas entièrement à la question posée par les nouvelles promesses de 2026 : que devient l’équation lorsqu’on veut simultanément réduire l’appareil public québécois et augmenter le nombre de responsabilités qu’il devra assumer?

C’est là que je veux voir les chiffres se rencontrer.

Si Québec économise 1,6 milliard par année en réduisant sa bureaucratie, combien de postes disparaissent réellement? Parmi les fonctions fédérales reprises après l’indépendance, combien nécessiteraient des employés supplémentaires? Combien pourraient être absorbées par les structures existantes? Quels seraient les coûts temporaires de la transition avant que les économies annoncées se réalisent? Il ne suffit plus de démontrer séparément que l’indépendance serait financièrement possible et qu’une réduction de la bureaucratie serait souhaitable. Il faut démontrer que les deux plans sont compatibles lorsqu’ils fonctionnent en même temps.

Puis vient l’immigration.

Le PQ propose environ 35 000 admissions permanentes par année et souhaite ramener le nombre de résidents non permanents à environ 250 000 à 300 000 au terme d’un mandat. Fait important, son propre plan reconnaît la dépendance de certains secteurs, notamment l’agriculture, envers les travailleurs étrangers et propose entre autres l’automatisation et la robotisation pour répondre à certaines pénuries. (Parti Québécois)

Encore une fois, le principe d’une réduction peut être débattu légitimement. Une société doit adapter son immigration à sa capacité de construire des logements, d’offrir des services et d’intégrer les nouveaux arrivants en français. D’ailleurs, le mouvement de réduction est déjà amorcé : le gouvernement québécois vise environ 45 000 admissions permanentes en 2026 et un resserrement de l’immigration temporaire. (Gouvernement du Québec)

Mais réduire l’immigration n’est jamais une décision sans conséquences démographiques et économiques. En 2025, le Québec comptait encore en moyenne environ 118 000 postes vacants, même si ce nombre avait diminué de 14 % par rapport à l’année précédente. Dans le même temps, les décès ont dépassé les naissances pour une deuxième année consécutive et la population québécoise a légèrement reculé. L’Institut de la statistique du Québec prévoit maintenant qu’elle pourrait se stabiliser autour de 9,2 millions au cours des prochaines décennies, notamment dans un contexte de diminution de l’immigration temporaire. (Institut de la statistique du Québec)

Cela ne signifie pas que l’immigration doit constamment augmenter. Cela signifie simplement qu’une réduction possède elle aussi une facture : moins de travailleurs disponibles dans certains secteurs, davantage de pression pour automatiser, former, augmenter la productivité ou prolonger la participation au marché du travail.

Et voilà pourquoi les trois propositions doivent maintenant être placées sur la même feuille.

Réduire l’État. Réduire l’immigration. Créer un pays.

Peut-être que cette équation peut fonctionner. Je suis contre l’indépendance, mais affirmer d’avance qu’elle est mathématiquement impossible ne constituerait pas davantage une démonstration que d’affirmer qu’elle sera nécessairement avantageuse. Ce que j’attends d’un parti qui demande aux Québécois d’effectuer un changement historique, c’est mieux qu’un acte de foi : un scénario consolidé.

Montrez ce que devient la fonction publique après les compressions et après le transfert des responsabilités fédérales. Montrez les besoins de main-d’œuvre selon plusieurs niveaux d’immigration. Montrez les coûts de transition, les économies attendues et surtout le moment où ces économies commencent réellement à dépasser les dépenses supplémentaires.

Voilà ce qui transformerait une vision politique en véritable projet gouvernemental.

Le débat sur l’indépendance mérite mieux que deux camps qui se lancent des slogans. Les souverainistes ne devraient pas demander qu’on croie automatiquement aux bénéfices du projet, pas plus que les fédéralistes ne devraient se contenter de prédire la catastrophe. Les Québécois sont parfaitement capables d’examiner des hypothèses, des risques et des chiffres.

Mais ils doivent pouvoir les voir.

Car il existe une différence fondamentale entre démontrer qu’un Québec indépendant pourrait payer ses factures et démontrer que toutes les promesses faites pour y arriver peuvent être financées et réalisées simultanément.

C’est là que le véritable débat devrait commencer.

Le rêve, lui, est gratuit. La transition, l’administration d’un pays et les choix de main-d’œuvre ne le sont pas.

Alors avant de demander aux Québécois de choisir le rêve, une question mérite une réponse beaucoup plus précise :

Quand on additionne la réduction de l’État, la baisse de l’immigration et toutes les responsabilités d’un Québec souverain, le plan tient-il encore — et combien coûtera réellement l’addition?

Politique: L’INDÉPENDANCE NE SE BÂTIT PAS EN RÉTRÉCISSANT LE « NOUS »

L’INDÉPENDANCE NE SE BÂTIT PAS EN RÉTRÉCISSANT LE « NOUS »

Avant de vouloir séparer le Québec du Canada, encore faut-il réussir à rassembler ceux qui habitent déjà le Québec.

Un projet de pays n’est pas seulement une affaire de frontières, de constitution ou de drapeau. C’est d’abord une définition du « nous ». Qui sommes-nous? Qui appartient à cette société? Et surtout, qui voulons-nous inviter à construire son avenir?

C’est précisément là que le débat actuel sur l’indépendance du Québec me laisse profondément sceptique.

Je suis contre l’indépendance. Je préfère un Québec fort, fier de sa langue, de sa culture et de ses institutions, à l’intérieur d’un Canada uni. Je respecte cependant ceux qui défendent sincèrement le projet souverainiste. On peut avoir des visions opposées de l’avenir du Québec sans se considérer comme des ennemis. Mais si les indépendantistes souhaitent convaincre une majorité de Québécois de quitter le Canada, ils devront répondre à une question qu’on évite trop souvent : quel Québec veulent-ils réellement rassembler autour de ce projet?

Parce que le Québec d’aujourd’hui n’est plus celui des années 1970. Et ce n’est ni une critique ni une menace. C’est simplement la réalité d’une société qui évolue.

Des Québécois ont aujourd’hui des racines africaines, européennes, asiatiques, arabes, caribéennes, latino-américaines ou autochtones. Certains sont arrivés récemment. D’autres sont ici depuis plusieurs générations. Leurs enfants naissent ici, fréquentent les mêmes écoles, travaillent dans les mêmes entreprises, soignent les mêmes patients, paient les mêmes impôts et participent à la même société.

Ils ne vivent pas à côté du Québec. Ils sont une partie du Québec.

Et pourtant, à écouter une partie du discours politique actuel et surtout certains débats qui l’accompagnent, on pourrait parfois croire que l’immigration est devenue la réponse universelle à presque toutes nos difficultés.

Le logement? L’immigration. Les écoles surchargées? L’immigration. Le système de santé sous pression? L’immigration. Le recul du français? Encore l’immigration.

Soyons sérieux.

Oui, les seuils d’immigration doivent correspondre à notre capacité d’accueil. Oui, une croissance démographique trop rapide peut exercer une pression réelle sur le logement, les écoles et certains services publics. Oui, un gouvernement responsable doit pouvoir réduire, augmenter ou mieux répartir l’immigration selon les besoins du Québec. Refuser cette discussion serait absurde.

Mais reconnaître cela ne nous oblige pas à accepter l’autre extrême : faire de l’immigrant le responsable commode de problèmes qui se sont construits pendant des décennies.

Nos écoles n’ont pas commencé à vieillir avec la dernière vague d’immigration. Nos urgences n’ont pas commencé à déborder hier. La pénurie de logements ne résulte pas d’une décision prise il y a quelques mois. Pendant plus de trente ans, des gouvernements de différentes couleurs se sont succédé pendant que des infrastructures vieillissaient, que des rénovations étaient reportées, que la construction ne suivait pas toujours les besoins et que plusieurs problèmes structurels s’accumulaient.

Il est évidemment plus facile de montrer du doigt celui qui vient d’arriver que de regarder trente années de décisions politiques.

C’est ainsi qu’un problème de gestion peut progressivement devenir un problème identitaire. Et c’est là que je refuse de suivre.

Cette dérive pose d’ailleurs un problème particulier au mouvement indépendantiste. Une indépendance ne se réalise pas uniquement avec ceux qui sont déjà convaincus. Pour faire du Québec un pays, il faudrait rallier une population extrêmement diversifiée : les régions, Montréal, les jeunes, les francophones, les anglophones, les allophones et des centaines de milliers de citoyens issus de l’immigration.

Il faudrait regarder toutes ces personnes et leur demander : voulez-vous construire ce nouveau pays avec nous?

Mais comment espérer une réponse enthousiaste si certaines d’entre elles ont passé les années précédentes à entendre qu’elles seraient trop nombreuses, qu’elles fragiliseraient la langue, qu’elles encombreraient les écoles, qu’elles aggraveraient la crise du logement ou qu’elles transformeraient trop rapidement le Québec?

On ne peut pas continuellement présenter quelqu’un comme une pression à réduire, puis lui demander soudainement de devenir partenaire d’un grand projet national.

C’est une contradiction politique, mais surtout une contradiction humaine.

Un pays ne repose pas uniquement sur un territoire. Il repose sur un sentiment d’appartenance. Pour qu’un projet national fonctionne, une personne dont les ancêtres vivent ici depuis trois siècles et une personne arrivée du Cameroun, d’Haïti, du Maroc, du Liban, du Vietnam ou de la Colombie doivent pouvoir entendre le même mot — Québec — et penser toutes les deux : chez moi.

Cela ne signifie pas abandonner le français. Bien au contraire. Le français doit demeurer notre langue commune. Il doit être enseigné, utilisé, transmis et défendu. Mais une langue commune devrait être un point de rencontre, pas une frontière entre ceux qui seraient suffisamment québécois et ceux qui ne le seraient jamais tout à fait.

L’intégration n’est pas l’effacement.

Demander à quelqu’un d’apprendre le français, de respecter nos lois et de participer à notre société est parfaitement légitime. Lui demander d’oublier ses origines pour prouver son appartenance ne l’est pas. Une identité nationale solide n’a pas besoin d’avoir peur de la différence. Elle doit être suffisamment confiante pour permettre à plusieurs histoires de se rencontrer dans une histoire commune.

Montréal en est peut-être l’exemple le plus évident. La métropole est imparfaite, complexe, parfois difficile à comprendre pour ceux qui la regardent de loin. Mais elle est profondément québécoise tout en étant profondément internationale. Et cette diversité se retrouve maintenant bien au-delà de l’île, dans plusieurs villes et régions du Québec.

Voilà le Québec réel avec lequel tout projet politique devra composer.

Pour ma part, je ne souhaite pas quitter le Canada. Je crois qu’un Québec fort peut protéger sa langue, défendre ses compétences, préserver sa culture et faire entendre sa voix tout en demeurant dans la fédération canadienne. Mais même cette divergence constitutionnelle m’apparaît secondaire devant une responsabilité plus fondamentale : ne pas transformer notre débat national en machine à diviser les Québécois entre eux.

Nous pouvons discuter des seuils. Nous pouvons exiger une meilleure intégration. Nous pouvons vouloir protéger davantage le français. Nous pouvons même débattre encore une fois de l’indépendance.

Mais cessons de chercher dans l’immigrant un raccourci pour expliquer tout ce que nos gouvernements n’ont pas réussi à régler.

Le Québec n’a pas besoin d’un « nous » plus petit pour devenir plus fort. Il a besoin d’un « nous » suffisamment solide pour inclure ceux qui ont choisi de partager son avenir.

Avant de demander aux Québécois s’ils veulent se séparer du Canada, il existe donc peut-être une question encore plus importante :

Sommes-nous capables de construire un Québec dans lequel personne n’a besoin de demander s’il fait partie du « nous »?

IMMIGRATION: LE QUÉBEC N’A PAS BESOIN DE PLUS OU DE MOINS D’IMMIGRATION

 LE QUÉBEC N’A PAS BESOIN DE PLUS OU DE MOINS D’IMMIGRATION. IL A BESOIN D’UNE POLITIQUE D’IMMIGRATION. Entre ceux qui refusent de reconnaît...